Le management totalitaire

Mise à jour le 24 février 2025 | Stress Travail et Santé

Management par l’instabilité, salarié jetable, patron jetable, culture de l’instabilité permanente, tyrannie de l’agilité, … Cet article de la journaliste Violaine des Courières* est une description nette et tranchante sur ce que le monde du travail est devenu : une réalité qui peut faire mal, mais qui nous explique avec une grande clarté les causes et conséquences de cette gestion totalitaire, sans âme, sans humanité, du travail. À diffuser, partager, transmettre, imprimer, distribuer partout.

Les managers tyranniques sont la face émergée d’un système qui provient de théories et de pratiques anglo-saxonnes. Ce management totalitaire, fait de pressions de court terme, d’impératifs financiers et d’instabilité des organisations, se répand. Il importe de lui opposer un modèle plus soucieux des réalités et des réussites humaines.

Le management totalitaire est le titre d’une enquête publiée aux éditions Albin Michel en 2023. Ce travail, qui a duré cinq ans, repose sur des interviews de PDG à la retraite, dont la parole est libre, des entretiens avec des patrons du CAC 40 et de PME, dont les propos sont anonymisés, des directeurs de ressources humaines, des inspecteurs du travail, des conseillers prud’homaux, des managers et des salariés.

Loin de fustiger le terme de « totalitarisme d’entreprise », la plupart des dirigeants ont acquiescé. Beaucoup ont tenu des propos lapidaires sur l’influence du capitalisme anglo-saxon, dont découle la dictature de la finance. Ils ont identifié
ces maux comme l’origine des dysfonctionnements managériaux. Ils se sont inquiétés de l’effritement d’une culture capitaliste sociale qui, jusqu’à présent, faisait l’honneur de grandes entreprises du CAC 40.

Aujourd’hui, seules les entreprises familiales et les PME ancrées en région sont encore préservées de ce raz de marée anglo-saxon et conservent un mode de management stable, proche du capitalisme rhénan et de notre culture européenne.

Un étau financier resserré, qui se traduit par une culture du court terme

Pour comprendre ce basculement progressif vers un modèle anglo-saxon, je suis allée voir des PDG du CAC 40 à la retraite. Ces derniers racontent l’emprise toujours accrue des marchés et des financiers sur la gouvernance des groupes français. Autrefois pilotées par des hommes de terrain, ces entreprises sont passées progressivement aux mains de gens qui ne connaissent rien au produit ni au secteur du groupe. Ces derniers pilotent une entreprise industrielle de la même façon qu’une institution ou encore une structure de services. Ils développent des stratégies hors-sol et déconnectées du réel afin d’atteindre des objectifs financiers. Enfin, ils sont indifférents à la culture particulière de l’entreprise qu’ils dirigent et calquent sa stratégie sur celle de ses concurrents dans le même secteur.

Selon les anciens patrons interrogés, ce phénomène vient également d’une forme de myopie généralisée, provoquée par la pression des actionnaires et des marchés.

Henri Lachmann, ancien président-directeur général de Schneider Electric – leader mondial de l’énergie –, en poste de 1999 à 2005, témoigne autour d’un café, dans son appartement parisien :

« Beaucoup d’investisseurs, aujourd’hui, ne méritent pas la dénomination d’actionnaires. Ce sont des terroristes et des spéculateurs. Ils se fichent des entreprises dans lesquelles ils investissent », déclare-t-il.

Henri Proglio tient un discours similaire et évoque un resserrement progressif de l’étau financier. Il a tenu la barre de Veolia – multinationale française de services collectifs tels que la valorisation des déchets – de 2002 à 2009 et celle d’EDF de 2009 à 2014.

« C’est comme si j’étais un coureur de fond, avec toujours sur moi la mesure de ma tension. Il y a de quoi développer une addiction », affirme-t-il, préoccupé, dans son bureau du VIIIe arrondissement de Paris. Sur son second ordinateur s’affiche en temps réel le cours de l’action en Bourse.

Lire la suite, « La tyrannie de l’agilité« , « Les pratiques de tri« 

Le management totalitaire

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*Violaine des Courières, Le management totalitaire, in revue « Constructif » n° 66 – Le management : théories et pratiques, novembre 2023, pages 23 à 25


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